
SAW I de James Wan, avec Leigh Whannell et
Cary Elves
Comment introduire SAW sans
mentionner PÂCQUES MAN ? Bien que passé inaperçu, ce redoutable
court-métrage s’avéra marquant et fit son petit effet chez les inconditionnels
de thrillers horrifiants à sa sortie en 2001. Le
protagoniste, sous la peau duquel un détraqué a glissé quelques œufs Kinder, se
retrouve piégé dans sa salle de bain. Une, et une seule de ces sucreries contient
la clé de la salle tandis qu’un explosif fera son oeuvre à l’issue d’un
décompte de trois minutes. Un scalpel est à la disposition du malheureux…
Si vous imagez l’ambiance dégagée par ce
synopsis où se révèle ce domaine d’ombre de la nature humaine qu’est le choix
morbide, un tel aparté introductif ne vous sera pas vain à ’appréhension et au
ressentit de l’œuvre dantesque SAW, résolument inspiré de ce court-métrage.

C’est sale, puant, ça dégouline de poussière
et de sueurs froides… cependant l’affiche, véritable résumé imagé du film,
reste soignée, finalement réfléchie dans son horreur… mais plantons d’abord le décor
et le contexte premier du long-métrage.
Il est 10H00. Deux hommes, Lawrence et Adam, ne
se connaissent pas, mais se retrouvent tout deux enfermés sans explications au
sein d’une pièce miteuse, enchaînés de surcroît au mur par le pied. Angoisse,
panique se grefferont rapidement au désarroi et à l’incompréhension des deux personnages
lorsque le premier apprendra par le biais d’un mot laissé dans sa poche qu’il
doit donner la mort au second avant 18H00 pour avoir la vie sauve et sortir de
la dite pièce, sans quoi sa famille serait supprimée. Un cadavre jonche
d’ailleurs le carrelage où progressent les deux hommes, ajoutant au flou horrifique
qui ne se dévoilera qu’au twist final…

Le film ose le jeu d’ellipses multiples,
dangereux mais mené ici avec brio, dévoilant peu à peu les méfaits passés du
psychopathe ayant enfermé nos deux protagoniste, mais aussi comment ces
derniers en sont arrivés là, et surtout pourquoi. Ces procédés intermittents
effacent toute redondance et l’éclairage ample et froid des séquestrés
contraste avec la pénombre, la suie sanglante dans lesquelles sont retrouvés
les précédentes victimes… c’est de la lumière à l’obscurité mortuaire que
passeraient Adam et Lawrence à l’issu de ce compte à rebours pénible, décompte
oppressant qui ne décollera pas de la conscience du spectateur.
Imaginez vous éveillé dans votre plus simple attribut,
et votre peau enduite d’une substance inflammable. La pièce est sombre,
inconnue, le sol recouvert de tessons de verre et les murs de combinaisons
chiffrées. Un téléviseur vous présente un personnage masqué, lui-même indiquant
une bougie et un coffre contenant la clé de la pièce… une seule combinaison
correspond au coffre, la bougie devra être manipulée avec haute précaution... telles
sont les œuvres atroces du malade que relate le film, le « tueur au
puzzle », surnommé ainsi, ne semblant pas pardonner. Aussi l’effervescence
monte-t-elle et opprime lentement au fil des minutes quant au sort de nos deux
personnages…

Les indices se succèdent, des objets
singuliers forçant l’intrigue et révélant le jeu macabre de l’assassin sont
découverts par les deux hommes. Cigarette, cellulaire, cassettes audio… on
réfléchit dans l’effroi, l’affolement, la confusion. Le tempérament enfantin et
impatient d’Adam s’oppose à l’esprit d’analyse posé de Lawrence, oncologue,
amoindrissant ainsi les chances de survie des deux hommes et appuyant avec rudesse
sur le malaise et l’inquiétude du spectateur. D’ailleurs, la progression du
film ne s’arrête pas là, le coupable se voyant traqué en parallèle tandis qu’un
lien passé se dévoile entre les deux victimes, tordant d’avantage l’intrigue.
L’heure fatale approche, dangereusement, et
c’est la folie qui s’éprend des protagonistes rendus très expressifs. On
repense alors au membre inférieur proprement scié, gisant sur l’affiche du
film… je n’en dis pas plus.
Tout est excellemment dosé, calculé. Le
suspense porte l’épouvante à de stupéfiants niveaux d’angoisse et la situation
effroyable des protagonistes lambdas met l’emphase sur chaque émotion, laissant
place à l’instinct de survie bestial du condamné. Du gore, et une certaine
tristesse viennent se greffer au scénario, y ajoutant d’avantage de ressentit,
d’accroche, de perfection. Enfin, le final nous gratifie d’un effet twist
remarquable, digne d’un « Fight Club » et autre « Sixième Sens »
quoique manquant légèrement de crédibilité. Petite mention aux acteurs de jeu
plus que correct et à une bande son discrète mais en symbiose avec le thème,
non sans rappeler les pizzicatos oppressants de « The Shining ».

Affreux, tragique, détraqué, le premier volet
de la saga SAW laisse le spectateur scié,
James Wan brouillant audacieusement les pistes jusqu’au bout. Mais c’est trop
court : on veut en savoir, en ressentir d’avantage, tant sur les actes que
les motivations du meurtrier, aussi la suite ne demandera qu’à être, à l’issue
de ce film, expressément visionnée.
De l’horreur réfléchie.
Note : Doté d'un budget minuscule de 1,2 million de dollars, SAW I en a rapporté au total plus de 55 sur le sol américain, ce qui le place parmi les films les plus rentables de toute l'histoire du cinéma.
C.
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